topblog Ivoire blogs Créez votre blog Envoyer ce blog à un ami

« 2008-03 | Page d'accueil | 2008-05 »

18/04/2008

Césaire au Panthéon : le dernier outrage

7521a8318426e4b9ab61245aeb88922d.jpg


Alors que le Baobab vient a peine de se coucher, et que la poussière soulevée par sa chute l’enveloppe encore, des voix opportunistes s’élèvent de la métropole coloniale, criant « Césaire au Panthéon ! », telles celles qui réclamaient la canonisation immédiate de Jean-Paul II en hurlant place Saint Pierre : « Santo subito ! ».
Césaire était tout sauf un collaborateur de la France colonialiste qui asservissait son peuple de Martinique. Incisif, virulent, véhément dans son discours sur le colonialisme, traite prophétique que tous les Africains devraient lire et relire pour ne jamais oublier que la bête est la, bien vivante, et son souffle caresse notre nuque qu’elle brisera d’un coup net, quant il en sera temps.
Césaire était un résistant farouche, intransigeant. Même l’age n’a pas eu raison de son engagement. Ses idées sont restées vertes et puissantes, le tenant debout alors que le poids des ans lui courbait l’échine. Sarkozy, qui lui fait aujourd’hui des funérailles nationales l’a appris à ses dépens.
Un homme entier, pétri de conviction. Un homme droit. Une âme pure.
Césaire n’a pas besoin de la reconnaissance de la France qui a asservi ses semblables.
C’est plutôt la France qui, en mal d’honneur, tente de s’approprier le sien.
Ce Césaire-la n’aurait jamais accepté que la France colonialiste et liberticide s’empare, tel un charognard, de son cadavre pour le dissimuler dans les sombres entrailles de cette fosse commune et se glorifier de son souvenir.
Césaire est déjà au Panthéon, celui qui n’est pas fait de main d’homme. Le Panthéon des hommes justes et droits. Des hommes fiers et libres.
Non, la place de Césaire est dans le sol de sa Martinique natale, cette petite terre qui a vu naître un si grand géant !

"Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.
Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourne, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.
A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.
Aime Césaire,
extrait du Discours sur la colonisation

13/04/2008

Apartheid scolaire

b347f781b26258a12a06c3aca83ce876.jpgLe lycée Blaise Pascal rouvre ses portes en septembre prochain. Bonne nouvelle pensions-nous, nous qui avons, il y a quelques années, commis l’erreur gravissime d’inscrire nos enfants dans les écoles françaises. Ce que nous cherchions ? Eviter les soubresauts de l’école ivoirienne, alors en proie aux dérives de la Fesci et autres organisations du même acabit, qui se livraient une sanglante guerre des machettes.
Nous voici donc inscrivant notre progéniture au Lycée Blaise Pascal.
2002, fermeture totale, l’on doit se replier sur Dakar. Deux années de galère au pays de la « Teranga ». Au fait, si vous connaissez son adresse à Dakar, il faudra me l’indiquer.
Retour a Abidjan en 2004. Re-Blaise, puis novembre, incendie et fermeture. Repli sur COPEA en attendant la réouverture de « Blaise ».
Voila, on y est, sauf que la scolarité affichée a 3.200.000 francs me laisse coi, et surtout dehors avec mes enfants…
La France, ivre de haine, a donc décidé de se livrer, jusque dans l’école, à une stricte épuration anti-ivoirienne en fixant ce niveau de scolarité jamais égalé dans notre pays. Elle continue de s’inscrire dans une politique de représailles contre la Cote d’Ivoire, en décidant par ce biais d’exclure le maximum d’élèves ivoiriens.
Selon la rumeur, tous les enfants français seront boursiers de leur État et n’auront donc rien a payer. Les ivoiriens – qui ont eu l’outrecuidance de lui tenir tête – peuvent aller se rhabiller ou a passer a la caisse…
Gbagbo, qui a reconstruit cette école qui se trouve tout de même sur notre sol dira sans doute, comme d’habitude : « ce n’est pas mon problème » !

La haine rend non seulement aveugle et sourd mais incroyablement bête.
Konrad Lorenz
, Extrait de Les Huit Péchés capitaux de notre civilisation

11/04/2008

Aller-retour

Lundi 22hoo, aéroport FHB de Port-Bouet. Une mission urgente me tire de ma routine habituelle et me prive de mon rendez-vous nocturne avec Morphée. J’y vais, résigné.
Mon vol coïncide avec celui de la Middle East Airlines a destination de Beyrouth dont les passagers se pressent pour accomplir les formalités. Normal.
Ce qui l’est moins, c’est la présence de nombreux « corps habillés », officiant ici en « accompagnateurs » ou facilitateurs privés pour leurs « amis » en partance : officiers supérieurs ou subalternes , sous-officiers de la police, des douanes, de l’armée ou de la gendarmerie, chacun se presse, joue des gros bras pour impressionner et fermer la bouche a son collègue en poste. Il s’agit d’éviter à nos nouveaux colons les tracasseries ordinaires que ces mêmes accompagnateurs imposent avec zèle à leurs propres compatriotes.
Et cela marche : pas de fouilles, les valises passent, les billets aussi, et l’honneur de nos forces de l’ordre trépasse.
Hier, je rentre chez moi et c’est la même vision qu’au départ : revoici nos braves « corps habillés » attendant le retour d’autres maîtres avec délectation, en pensant a l’aumône qu'ils ne manqueront pas de jeter dans leurs escarcelles. Dispenses de formalités, ces VIP qui ne sont pas assez importants pour jouir du tapis rouge et du salon d’honneur dépassent avec mépris le pauvre citoyen que je suis sans s’arrêter au poste de police : un officier s’en occupe. Idem au poste de douanes ou les valises sont même exemptées du passage au scanner…
Dépité, je reprends alors ma comptine : les valises passent, les billets aussi, et l’honneur de nos forces de l’ordre trépasse…

Qui a perdu l'honneur n'a plus rien a perdre.

Publius Syrus

05/04/2008

Ce pays a-t-il un Président ?

f692f1fad058521ca2d9969c796bd04f.jpg

Cette note est en réponse a notre ami Theo, qui s'interrogeait il y a peu sur l'existence ou non d'un ministre du commerce dans ce pays notre. La question de Theo est une véritable quête et devrait être étendue a tout l'exécutif et surtout a son chef : nous avons certes un ministre du commerce, mais remplit-il son office ? De même, nous avons un président, mais ce pays est-il dirigé ?
Il faut le reconnaître, l’opposant « historique » et président histoRIEN, s’est avéré à l’usage être un piètre dirigeant, et la liste de ses échecs et gaffes accumulés depuis son accession au pouvoir serait trop longue a étaler ici. Si on ne peut lui contester d’avoir des idées, son incapacité a diriger, c'est-à-dire a impulser, contrôler et sanctionner quand cela devient nécessaire est tout aussi notoire.
Une telle infirmité serait tolérable s’il s’agissait seulement pour lui de diriger sa maison, celle de sa seconde épouse et son parti, mais les enjeux nationaux qui sont hélas aujourd’hui entre ses mains dépassent ces cadres étriqués et engagent la vie de millions de personnes.
La proximité des élections suscite chez moi une profonde angoisse : qu’allons-nous devenir si les ivoiriens décidaient, faute de mieux, de lui confier a nouveau leur destin ?

Comment pourrais-je gouverner autrui, qui moi-même gouverner ne saurais ?
François Rabelais
, extrait de la Vie inestimable du grand Gargantua.

02/04/2008

Emeutes inevitables ?

8dd8ef114502f3e7dc7f7b1b5dd05134.jpg

Après nombre de capitales africaines, Abidjan vient d’avoir ses émeutes “de la faim”. Deux jours de suite que des ménagères et autres consommateurs bravent la loi et organisent des manifestations plus ou moins spontanées (on peut certes y voir quelques mains politiques, mais sans jamais tomber dans l'erreur de nier ou mépriser cet avertissement et la réalité de la pauvreté) pour exprimer, dans la rue, leur désarroi.
Des mois, des années que la misère la plus noire sévit dans ce pays, aggravée par la « guerre-injuste-que-l’on-nous-impose », selon la ritournelle présidentielle. Si pendant longtemps, la phrase a eu l’effet escompté (affaire de solidarité entre victimes…) elle est définitivement dévaluée. La guerre n’est-elle pas finie ? Celle de Soro et d’Ado sans doute (quoique…), mais d’autres fronts plus pernicieux de guerre permanente restent ouverts : ceux de la gabegie, de la corruption, du racket incrusté et instauré en donnee incontournable de notre (mal)gouvernance. Des plus hauts postes de l’Etat a la plus petite fonction publique ou privée, l’ivoirien est passe maître dans l’art de privatiser son poste et d’ouvrir, des son embauche, un guichet personnel ou doit passer et laisser obole tout usager ou client.
Alors, évidemment, d’obole en obole, de bakchich en mangement, les prix s’envolent, grevés par tous ces « a cotes » qui finissent par rendre inaccessibles les produits de première nécessité aux plus pauvres et même aux classes moyennes.
Pendant que certains s’envolent avec et parfois plus haut que les prix, a Wassakara, l’on est colles, scotches par une pauvreté que l’on finira par croire héréditaire !
A la télévision ce soir, le Woody vient de nous enseigner (comme toujours !) que ce qui se passe ici n’est pas nouveau et ne le surprend pas. Comme d’habitude, fidèle a sa théorie du crabi-maganisme* , il a attendu que la situation dégénère, que le sang coule, pour enfin se décider a réagir et proposer quelques mesures fiscales pour alléger la pression de l’Etat sur le lait, le ble, l’huile, etc. Mais que fera-t-il pour lever cette pression sauvage que font peser ses « corps habilles » et son administration sur nos portefeuilles ? Il faudra plus que des mesurettes pour contraindre ces douaniers, policiers et autres militaires et fonctionnaires pour cesser d’imposer aux commerçants et transporteurs leurs taxes privées.
Koudou, que feras-tu pour que nous cessions d’avoir la mauvaise impression que toi-même, ton gouvernement d’incompétents, ceux de ton parti et de ton administration nous narguez dans vos voitures et villas d’un luxe insolent ?
Alors, Prési, ne nous demande pas d’attendre ! Attendre quoi ? Attendre qui ? Attendre ou ? Dehors, pendant que tu dînes et danses en boite avec ton (nouvel) ami Lang ? Nous on ne danse pas, car on a faim !

Je vous dénonce la misère, cette longue agonie du pauvre qui se termine par la mort du riche.
Victor Hugo
, Extrait d'un Projet de discours, 17 juillet 1851

*Mélange de “crabisme” et de “magnanisme”; l’un ayant trait a la démarche empruntée au crabe, et l’autre a la regle qui commande de ne jamais rien faire lorsque l’on est dans les difficultés : “On ne reste pas dans magnans pour enlever magnans”.

Toutes les notes