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09/02/2009

Pleure, Tana

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Cette image des morts de Madagascar m’a paru la mieux indiquée pour montrer a la fois la vanité et la gravité du duel qui s’y livre actuellement entre un Président démocratiquement élu mais en mal de popularité, et le maire de la capitale, opposant politique incarnant pour l’heure les griefs et aspirations de la population de sa ville.
Ils sont morts, victimes immédiates de la police ou de l’armée qui confond encore une fois maintien de l’ordre et massacre, mais en réalité offerts en sacrifice sur l’autel des ambitions politiques de leur icône, qui savait bien ou du moins espérait fortement que son mot d’ordre de « marcher sur la présidence de la République » pour y installer son « gouvernement de substitution » après en avoir chassé Marc Ravalomanana déboucherait sur une telle tuerie.


Les parcours politiques se nourrissent souvent du sang des autres et nous ivoiriens avons payé cher pour apprendre cette vérité : d’autres ambitions se sont levées du milieu de nous et d’ailleurs pour parvenir au pouvoir coûte que coûte, en escaladant les cadavres de leurs partisans d’abord, puis devant leur échec cuisant, ils ont livré la nation entière a la mort et au deuil.
La France, encore elle, a juré de faire payer a Marc Ravalomanana sa défiance, lui qui ne se cache pas de détester cordialement ce pays et s’est d’ailleurs empressé il n’y a pas si longtemps, de virer son ambassadeur comme un malpropre.
Ses premiers mots, au déclenchement de ce qui n’est rien d’autre qu’un coup d’Etat par son poulain, le Maire de Tana, ont été d’affirmer qu’elle ne prendrait pas parti, ce qui est en soi une prise de position : le seul président légal et légitime jusqu’au terme de son mandat est Marc Ravalomanana et ne pas condamner une tentative de putsch aussi grotesque revient au contraire a la soutenir ouvertement.
Aujourd’hui, sous le couvert de l’Union Européenne, elle affirme que le retour à la situation antérieure est impossible, exigeant l’ouverture d’un dialogue.
Pourquoi faire ? Cette attaque lâche et sournoise contre un Président démocratiquement élu et jouissant de la légitimité nationale, même si la chienlit semble s’être installée dans la capitale est conforme a la tactique désormais éculée de notre colonisateur : exploiter le mécontentement populaire pour soutenir et transformer des ambitions locales en véritable rébellion et la revêtir de quelque apparence de légitimité - sanglante de préférence - en poussant le pouvoir a la faute.
Cela vient d’arriver.

Tant qu'il n'est question que de détruire, toutes les ambitions s'allient aisément.
Jules Verne

Sang ô sang noir de mes frères, vous tachez l'innocence de mes draps, vous êtes la sueur où baigne mon angoisse, vous êtes la souffrance qui enroue ma voix.
Léopold Sédar Senghor


Commentaires

Bel article! Malheureusement, faut dire que ce genre de drame se produit un peu partout en Afrique noire dès lors qu'on veut s'émanciper un tout petit peu. Mais le comble c'est de voir nos propres frères nous tirer dessus, c'est vraiment triste!

Ecrit par : Gnagnos | 11/02/2009

Belle analyse. Il y aura toujours des Africains qui auront le sentiment d'être plus proches des Européens que de leurs propres frères. Ce sont eux qui tiennent l'arme offerte par l'européen pour accomplir la sale besogne qui doit profiter à l'Europe. Cela fait quatre siècles que la même mise en scène se répète. Pauvre Afrique !

Ecrit par : St-Ralph | 17/03/2009

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